Actions en direct : Pourquoi et comment je sélectionne mes titres

2 avril 2026

By Michael


MA CHECK-LIST EN 7 POINTS

On entend souvent qu’en bourse, pour un particulier, essayer de choisir ses propres actions est une bataille perdue d’avance. L’idée dominante ? L’indice gagne toujours et la seule voie raisonnable serait de se fondre dans la masse des ETF.

Pourtant, si l’investissement indiciel est un outil formidable, il ne doit pas occulter une autre réalité : le stock picking (l’achat d’actions en direct), lorsqu’il est pratiqué avec méthode, offre une liberté et une agilité que même les meilleurs gérants de fonds n’ont pas.

Mon objectif aujourd’hui est de décortiquer avec vous pourquoi je ne fais pas du 100 % ETF, à qui s’adressent réellement les actions en direct, et surtout, comment je construis les convictions qui guident mes achats à travers une check-list rigoureuse.

Le guide complet en vidéo

Chapitre 1 : Pourquoi acheter des actions en direct ?

Le procès fait aux investisseurs particuliers repose généralement sur deux chefs d’accusation. Il est temps de les relativiser.

Le biais des études sur la performance des particuliers

On nous répète souvent que « les études démontrent que les particuliers font moins bien que les indices ». En y regardant de plus près, ces études (comme celle de Barber & Odean) incluent tous les profils, y compris les traders court-termistes qui achètent et revendent dans la même semaine.

Or, le trading est une activité où 70 % à 80 % des participants perdent de l’argent. En mélangeant des spéculateurs qui gardent une action deux heures et des investisseurs qui la gardent dix ans, on obtient une moyenne qui ne veut plus rien dire. Les études les plus fines montrent au contraire que les investisseurs les plus patients, ceux qui tournent le moins leur portefeuille, parviennent à rivaliser avec les indices.

L’avantage de l’agilité face aux gérants professionnels

Le deuxième argument veut que les gérants de fonds professionnels, avec leurs moyens colossaux, écraseraient le particulier. C’est oublier que ces gérants manœuvrent des paquebots. Ils ont des contraintes réglementaires et commerciales (rendre des comptes chaque trimestre) qui les poussent souvent au suivisme. Un investisseur particulier, lui, dispose d’une agilité totale : il peut investir sur des petites capitalisations délaissées ou garder une position « contre le marché » sans risquer son job.

Chapitre 2 : Quel terrain de jeu choisir ?

Il existe environ 41 000 entreprises cotées dans le monde. Sans une délimitation stricte de votre cercle de compétence (cher à Warren Buffett), vous allez vous noyer.

Définir ses limites

L’enjeu n’est pas d’avoir le cercle de compétence le plus large, mais d’en définir précisément les limites. Je préfère suivre quelques dizaines d’entreprises sur une période longue, comprendre comment elles « respirent » selon les cycles, plutôt que de scanner la terre entière.

Le choix pragmatique de l’Europe et du PEA

Pour ma partie actions en direct, je me concentre sur l’Europe et notamment la France. Pourquoi ? Pour une raison fiscale majeure : le PEA.

  • La fiscalité : Sur un compte-titres ordinaire, vous subissez la Flat Tax (31,2 % en France). Sur un PEA de plus de 5 ans, vous tombez à 17,2 %.
  • L’effet tunnel : Le PEA permet de réinvestir ses gains sans frottement fiscal immédiat. C’est un vent de dos permanent pour votre capital.

Note sur l’exposition : Ne confondez pas place de cotation et exposition économique. Le CAC 40 réalise plus de 75 % de son chiffre d’affaires hors de France. Acheter une action à Paris, c’est souvent acheter un leader mondial exposé à la croissance américaine ou asiatique, mais avec un cadre fiscal optimisé.

Chapitre 3 : Les 4 critères fondamentaux

Pour sélectionner une action, j’utilise quatre boussoles. Ce qui changera selon votre style (Value, Quality ou Growth), c’est l’ordre dans lequel vous les hiérarchisez.

  1. La Qualité : C’est la capacité de l’entreprise à protéger ses profits. On analyse ses marges et ses avantages concurrentiels.
  2. Le Prix : On regarde souvent le PER (Price Earnings Ratio). C’est le nombre d’années de bénéfices nécessaires pour rembourser votre achat. Si un commerce dégage 10 000 € de profit par an et qu’on vous le vend 100 000 €, son PER est de 10.
  3. La Croissance : On distingue la croissance organique (gagner des parts de marché par soi-même, signe de vitalité) de la croissance externe (racheter des concurrents par la dette, souvent plus risqué).
  4. La Cohérence du portefeuille : Une action peut être excellente mais « faire doublon ». Si vous avez déjà beaucoup de tech US via un ETF, acheter du ASML (tech hollandaise) n’apportera pas forcément la diversification attendue car ces titres réagissent souvent aux mêmes stimuli.

Chapitre 4 : Ma Check-list en 7 questions clés

C’est ici que l’analyse devient concrète. Avant d’acheter, je passe l’entreprise au grill de ces 7 interrogations.

1. Quelle est l’activité réelle (Métier et clients) ?

Si vous ne pouvez pas expliquer ce que vend la société, qui sont ses clients et où ils se trouvent, ne l’achetez pas. En bourse, la règle d’or est la suivante : si vous ne comprenez pas le business, vous ne possédez rien, vous pariez.

2. Quelle visibilité à 20 ans ?

Imaginez que vous ne puissiez plus vendre vos titres pendant deux décennies. Est-ce que le produit ou service sera toujours indispensable ? Une étude montre que les investisseurs forcés de se projeter sur le très long terme font systématiquement des choix plus intelligents que ceux qui regardent le risque à un an.

3. Quel est l’avantage concurrentiel (Le Moat) ?

Quels sont les « remparts » de l’entreprise ? Cela peut être une marque iconique, des brevets technologiques, ou un réseau de distribution que personne ne peut copier. Le Moat est ce qui garantit que vos profits ne seront pas dévorés par un nouveau concurrent demain.

4. Les financeurs lui font-ils confiance ?

Une entreprise ne vit pas que par ses actionnaires, elle vit par ses prêteurs (banques, obligataires). Si les prêteurs exigent des taux élevés, c’est qu’ils sentent un risque. Vérifiez la notation de crédit. En dessous de la note BBB, la survie à long terme peut commencer à être questionnée par le marché.

5. En combien de temps mon investissement est-il remboursé ?

C’est la question du prix (le PER). Notez que chez moi, elle n’arrive qu’en 5ème position. Un prix bas ne veut rien dire si la qualité et la visibilité ne sont pas au rendez-vous.

6. Comment sont utilisés les bénéfices (Allocation du capital) ?

C’est un point crucial souvent mal compris. Le dividende n’est pas une récompense gratuite. C’est un choix de gestion : l’entreprise décide qu’elle ne peut plus réinvestir ce cash de manière assez rentable en interne et choisit donc de le rendre aux actionnaires.
Secteur mature (ex: Télécoms) : On préfère souvent un dividende élevé.
Secteur en croissance (ex: Tech) : On préfère souvent que l’entreprise réinvestisse ses bénéfices pour croître. Le rôle du management est de décider quoi faire de chaque euro gagné pour maximiser la valeur future.

7. Quelles sont les prévisions (Guidance et Consensus) ?

Chaque année, le management publie une « guidance » (ses objectifs). En face, les analystes publient un « consensus ». Le cours de bourse s’ajuste en permanence selon la confiance que le marché accorde à ces prévisions. Les connaître permet de comprendre pourquoi le cours bouge, sans subir l’émotion du mouvement.

Chapitre 5 : Illustration par l’exemple (Veolia vs Teleperformance)

Pour tester cette méthode, revenons trois ans en arrière et comparons deux leaders français.

  • Le Métier : Veolia (eau/déchets) vs Teleperformance (centres d’appels).
  • Visibilité à 20 ans : Élevée pour Veolia (besoin d’eau vital). Faible pour Teleperformance en 2023 à cause de l’émergence de l’IA capable de remplacer les agents humains.
  • Le Moat : Veolia possède des infrastructures physiques et des concessions indexées sur l’inflation. Teleperformance a un avantage d’échelle, mais l’IA nivelle cet avantage.
  • Allocation du capital : Veolia reverse son cash de manière stable. Teleperformance choisit d’accélérer et de racheter un concurrent à coup de milliards au moment même où la visibilité sur son métier devient floue. Est-ce le moment d’accélérer quand on entre dans le brouillard ?

Le verdict : Si on s’était arrêté aux chiffres financiers (PER attractif), on aurait choisi Teleperformance. Mais en passant par les filtres de la visibilité et du Moat, on aurait évité la chute. Trois ans plus tard, Veolia a pris +20 % quand Teleperformance a perdu plus de 60 %.

Conclusion : Devenir un gestionnaire serein

L’analyse d’actions demande du travail et de la discipline. C’est pour cela qu’une partie des investisseurs préfère, à raison, se limiter aux ETF. Mais pour ceux qui souhaitent prendre les commandes, cette check-list est un garde-fou indispensable. Elle permet de transformer l’actualité bruyante en signaux de gestion clairs.

Investir, ce n’est pas espérer avoir de la chance, c’est appliquer une méthode.